Estelle Barthelemy in the media

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On la rencontre chez Prune, son café favori, à deux pas de La Ruche, cette pépinière d’entrepreneurs sociaux située le long du Canal Saint Martin (Paris, 10°), qui abrite Mozaïk RH. Une association qu’Estelle Barthélémy a co-fondée, il y a maintenant trois ans. Elle qui, originaire de Villiers-le-Bel, fut la première de sa famille à avoir son bac et à suivre des études supérieures, en est aujourd’hui, à 38 ans, directrice du développement RH. L’objectif de Mozaïk RH : promouvoir et favoriser l’accès à l’emploi de jeunes issus de quartiers populaires, souvent victimes de discriminations. « Ils ont beaucoup de potentiel. Mais ils manquent de réseau et leur CV est souvent mis de côté à cause de la consonance de leur nom ou leur quartier d’origine... C’est un gâchis énorme ». Son travail : détecter les potentiels parmi ces jeunes, les sélectionner et les préparer afin de les présenter ensuite aux entreprises. Parmi lesquelles de grands groupes comme SFR, BNP Paribas, GDF Suez ou encore L’Oréal ou Danone.

La diversité, un atout

 

Première étape, faire tomber les préjugés. D’un côté, comme de l’autre. « On présente souvent des candidats qui ont les niveaux de diplômes mais qui n’avaient jamais postulé dans de grandes entreprises, pensant que ce n’était pas pour eux. Notre job, c’est de leur montrer que oui, c’est possible. En face, les entreprises ne savent pas toujours comment attirer ces candidats. Elles manquent souvent de connaissance du terrain ». Pour y pallier, Mozaïk RH organise des journées d’orientation, des ateliers de préparation, du coaching, du speed recruting avec les entreprises… Autre arme pour combattre les stéréotypes : le CV vidéo. « Plutôt que de tout cacher, on préfère tout montrer. Il n’y a pas à dissimuler ses origines ou à avoir honte d’être une femme. Au contraire. Ce sont des atouts. On peut être une jeune femme d’origine maghrébine, issue des quartiers et avoir un bac+5 en commerce international, parler 4 langues, avoir fait des stages… » La diversité, un atout ? Et comment, pour Estelle. D’autant « qu’elle permet plu

s de créativité, de réactivité. »

Villiers-le-Bel, ça fait moins bien que Paris 17ème

Dates clés

1972 : naissance d’Estelle
1997 : départ pour le Vietnam
2007 : création de Mozaïk RH avec Saïd Hammouche

Pour elle aussi, trouver un travail n’a pas toujours été simple. La discrimination, elle l’a vécue. En tant que femme, tout d’abord. « À certains entretiens, on m’a demandé si j’étais mariée, si j’avais des enfants… » Et d’ajouter : « Et puis Villiers-le-Bel sur le CV, ça fait moins bien que Paris 17ème ! ». Pourtant, de son enfance passée dans cette banlieue du 95, Estelle garde un souvenir heureux. Et déplore la stigmatisation permanente dont ces banlieues font l’objet dans les médias. « Je ne dis pas que c’est toujours rose. Il y a de vraies problématiques. Mais on a trop tendance à montrer cinq jeunes à capuche rassemblés dans une cave. Il n’y a pas que cela. Il y a toute une vie de quartier, beaucoup d’échange, de partage - notamment de spécialités -, de fêtes… ».

Sous sa longue chevelure frisée, ses yeux marrons s’illuminent à l’évocation des « belles réussites qu’il peut y avoir dans les quartiers, et dont on ne parle pas assez ». Comme sa meilleure amie, aujourd’hui directrice financière d’une grande agence immobilière, ou un autre, devenu commandant pompier. Pour Estelle, les banlieues populaires regorgent d’énergie, de créativité, de « gnaque ». Tout comme elle, en fait.

 

Premières armes au Vietnam

APC Recrutement est un cabinet de ressources humaines spécialisé sur les questions d'égalité et de promotion de la diversité.

 

Son père est commercial, sa mère coiffeuse. S’ils ont inculqué un principe à leurs enfants, c’est l’importance de suivre des études. « Ma grand-mère aurait rêvé d’en faire. Elle avait dû arrêter les siennes en 5ème pour travailler avec ses parents, de petits commerçants qui tenaient une quincaillerie. Elle était passionnée d’histoire et de géographie, et passait son temps à prendre des notes dans de petits carnets. » Alors oui, étudier, « c’était capital. »

 

Son bac + 5 en poche, Estelle s’envole pour le Vietnam. Elle a tout juste 25 ans. Pendant plus de deux ans, elle y anime un programme de formation continue dans la banlieue de Saigon. Apprend le français à des techniciens et des ingénieurs vietnamiens. Une expérience bouleversante. « On perd ses repères, et c’est bien. On se rend compte que l’on ne détient pas la vérité, qu’il existe d’autres schémas de pensée. Mes élèves m’ont beaucoup appris, beaucoup donné. Surtout, j’ai réellement pu rentrer dans le pays, être invitée dans les familles, partager des repas… Un jour, personne autour de moi ne parlait français et très peu le vietnamien. Certains se sont mis à chanter, et on a fini par échanger sur la musique… »

Évidemment, le retour est difficile. D’ailleurs, depuis, la même envie ne cesse de la tarauder : repartir. « On met du temps à revenir, à se réhabituer aux 125 sortes de yaourts dans les hypermarchés ». Du temps aussi à retrouver un travail. D’abord, dans le tourisme, puis de nouveau dans la formation professionnelle, avant de rejoindre l’association APC Recrutement. Qu’elle quitte quelques temps plus tard pour fonder Mozaïk RH.

Etre femme, c’est être différente

Trois ans plus tard, le combat est, elle le sait, loin d’être gagné. « Parfois, c’est dur. On voudrait plus de résultats. On voit des entreprises dans le déni le plus total et en face, des jeunes qui n’ont aucune raison de ne pas trouver de travail se heurter à des plafonds de verre, surtout les femmes. » Mais pas question de baisser les bras. Au contraire. Pour l’heure, sur les 1 000 candidats qui sont passés chez Mozaïk RH, l’association en a placé plus de 400. « Dans certaines entreprises, on a vraiment aidé à faire changer les choses », se félicite Estelle.

 

Chez elle, l’engagement paraît contagieux « A partir du moment où l’on s’engage, on a toujours envie d’en faire plus... C’est très impliquant. » Au point qu’elle décrit son travail comme un « hobby ». « Je n’ai pas l’impression que ma vie commence quand j’ai fini ma journée de boulot. C’est dès le matin qu’elle débute ». Actuellement, elle travaille, avec des amies issues de l’entreprenariat social, à la création d’un réseau professionnel féminin. Au programme : une mutualisation des réseaux, l’organisation d’ateliers d’affirmation de soi, de gestion du stress… « Pour des femmes qui ont de l’ambition et qui nous ressemblent. » Étonnant de la part de quelqu’un qui prône l’égalité des traitements et des chances ? « Je suis pour l’égalité, notamment hommes-femmes, mais pour autant, je n’ai pas envie de gommer mes traits. Être femme, c’est être différente. Il faut en être conscient, assumer et utiliser ces particularités. C’est comme pour le CV vidéo ».

L’essentiel : s’accrocher

Fondée en 1981, Ashoka est une organisation internationale qui rassemble 2000 entrepreneurs dans plus de 60 pays. Sa mission : soutenir et accompagner le développement de l’entreprenariat social. En savoir plus : http://ashoka.org/

 

Autre projet : devenir bénévole au sein de l’Académie Christophe Tiozzo à Villiers-le-Bel, une association qui promeut l’insertion sociale et professionnelle des jeunes issus des quartiers sensibles grâce à la boxe. C’est sûr, Estelle n’a pas le temps de s’ennuyer. Mais elle trouve quand même le temps pour s’adonner à sa passion : la salsa. D’ailleurs, ce n’est sans doute pas un hasard si ce milieu lui plait tant. « À l’entrée des boîtes de salsa, il n’y a pas de discrimination physique. On peut être grand, petit, beau, laid, vieux, jeune, noir, blanc, arabe… Tout le monde a sa place, à condition de s’accrocher. » Et Estelle s’est « accrochée » pour développer Mozaïk RH. Aujourd’hui l’association compte 12 salariés et une centaine de bénévoles. Elle est aussi devenue « fellow ashoka ». Une belle reconnaissance. Pourtant, Estelle caresse un rêve : celui de fermer l’association. « Cela voudrait dire qu’il n’y a plus de discriminations. »

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